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Santé mentale : le grand oubli politique
Après les annonces de la ministre de l’Éducation nationale et les déclarations martiales de ses collègues de la Justice et de l’Intérieur, on se demande franchement s’il ne s’agit pas d’une vaste opération de communication destinée à nous faire passer pour des imbéciles.
Face à la détresse croissante de la jeunesse, leur réponse reste toujours la même : encadrement, discipline, sanction. Comme si l’on pouvait soigner une génération en souffrance à coups de caméras de surveillance et d'exclusions scolaires. Comme si la violence était née du vide disciplinaire plutôt que d’un vide d’écoute, de moyens et de sens.
Cette approche est non seulement inefficace, mais profondément hypocrite. Car pendant qu’on agite des totems d’autorité dans les médias, la santé mentale des jeunes – et plus largement celle de nombreuses franges de la population – se détériore à grande vitesse. Burn-out scolaire, troubles anxieux, isolement, dépression, tentatives de suicide… les signaux d’alerte sont multiples et connus. Pourtant, ils continuent d’être ignorés.
Il est bien sûr illusoire de faire croire à un risque zéro. Aucun système, aussi bien organisé soit-il, ne pourra empêcher toute crise, tout passage à l’acte, tout drame. Mais l’enjeu n’est pas là. Il s’agit de mettre toutes les chances de notre côté pour prévenir, détecter et prendre en charge le plus tôt possible ceux qui en ont besoin. Or, aujourd’hui, nous en sommes très loin.
Il est urgent de cesser de traiter les symptômes à coups de mesurettes autoritaires, et de s’attaquer enfin aux causes structurelles. Il faut élever la santé mentale – des jeunes comme des adultes – au rang de priorité nationale. Pas dans les discours, dans les actes. Cela suppose :
Des campagnes d'information et de prévention continues, dès l’enfance.
La présence de professionnels de santé mentale formés et disponibles dans les établissements scolaires, universitaires, et les lieux de vie.
Un accès rapide, gratuit et sans obstacle à des psychologues, psychiatres et structures d’accueil.
Une politique sociale qui prenne en compte les racines de la souffrance psychique : précarité, mal-logement, violences, discriminations, perte de repères...
À force de ne pas entendre, de ne pas voir, le pouvoir fabrique une génération qu’il désigne ensuite comme problème, sans jamais se demander ce qu’il a fait – ou pas fait – pour l’accompagner.
Il ne s’agit pas d’un simple mal-être passager. C’est une urgence de santé publique. Et face à l’urgence, les effets d’annonce et les postures d’autorité ne suffisent plus.