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Travail social : écrire aux élus, une expérience qui, à n’en pas douter, sera révélatrice
Je viens d’écrire aux élus de mon territoire.
C’est une démarche que j’ai longtemps mûrie, pesée, repoussée. Non par peur, mais par lucidité. Parce qu’écrire, ce n’est pas seulement faire passer un message. C’est se dévoiler, prendre un risque : celui d’être ignoré, mal compris, ou pire, méprisé.
J’ai écrit en tant que travailleur social, avec ce que cela implique de proximité avec les réalités les plus dures. J’ai écrit en mon nom, mais avec les voix de toutes celles et ceux que j’accompagne en tête. Ces enfants ballottés d’un foyer à l’autre. Ces mères isolées qui survivent entre deux aides. Ces personnes âgées laissées seules avec leur dignité pour tout bagage. Et aussi mes collègues, trop souvent fatigués, trop souvent invisibles, qui tiennent debout dans un système qui semble avoir oublié pourquoi il existe.
Mon courrier n’est pas un réquisitoire. C’est un appel. Un appel à regarder en face ce que nous voyons tous les jours, à entendre ce qui se dit peu, à considérer le travail social non pas comme une variable d’ajustement ou un relais d’exécution, mais comme une force de proposition, un maillon essentiel de la cohésion sociale.
Et maintenant, j’attends. Ce moment de flottement est étrange. Il y a, en moi, une forme d’espoir — l’espoir qu’au moins une réponse vienne, qu’un échange s’amorce. Mais il y a aussi une crainte familière : celle du silence.
Je m’interroge. Qu’est-ce que cette démarche va révéler ? Du lien — ou de l’absence de lien — entre les élus et le terrain ? De leur capacité à sortir des logiques administratives pour rencontrer l’humain ? De leur volonté d’écouter des professionnels trop souvent confinés au rôle de rouages silencieux ?
Ce que je viens de faire, c’est tendre une main. Ce n’est pas un geste d’humeur, mais une tentative de dialogue. Pas pour revendiquer un statut, mais pour remettre du sens dans nos missions. Pour dire que le travail social n’est pas une ligne de dépense, mais un pilier de l’intérêt général. Que notre parole mérite d’être accueillie, non par faveur, mais par exigence démocratique.
Peut-être n’y aura-t-il pas de réponse. Peut-être y en aura-t-il une, creuse ou formatée. Mais peut-être aussi que quelque chose s’ouvrira. Un pas, un échange, une attention sincère.
Dans tous les cas, ce geste restera révélateur. De l’état de notre démocratie locale. De la place que l’on accorde à celles et ceux qui, dans l’ombre, tentent chaque jour de réparer les dégâts d’un monde trop rapide, trop dur, trop inégal.
Et s’il ne se passe rien ? Alors j’écrirai encore. Et je le dirai. Parce que se taire, ce serait renoncer. Et moi, je n’ai pas choisi ce métier pour me résigner.