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Et si la protection de l’enfance était vraiment une cause nationale ?
C’est une phrase que l’on entend souvent. Un vœu pieux, glissé dans les discours officiels, inscrit sur les tracts électoraux, cité à la tribune après un drame. Mais dans les faits, cette cause dite "nationale" reste tragiquement reléguée au second plan, derrière d'autres priorités jugées plus rentables, plus visibles, ou tout simplement plus électoralement vendeuses.
La protection de l’enfance, ce n’est pas un concept abstrait. Ce sont des vies concrètes. Celles de milliers d’enfants et d’adolescents, arrachés à leur foyer pour leur sécurité, mais parfois laissés à l’abandon par les institutions censées les protéger. Ce sont des jeunes cabossés, déplacés de foyers en hôtels, parfois sans suivi, sans repères, sans avenir lisible. Ce sont des éducateurs et éducatrices qui tiennent à bout de bras un système à bout de souffle, souvent en silence, souvent seuls, souvent au bord de la rupture.
Il ne s’agit pas de dire que tout est noir, ou que rien ne se fait. Il existe des réussites, des parcours transformés, des professionnels admirables. Mais ils œuvrent trop souvent malgré le système, et non grâce à lui. Ils compensent avec leur engagement ce que l’État leur refuse en moyens.
Les rapports s’enchaînent, les commissions s’installent, les recommandations s’empilent. Mais sur le terrain, rien ne change vraiment. Ou si peu. On sait. Oui, tout le monde sait : les alertes des associations, les signalements de la Cour des comptes, les témoignages des professionnels, les cris des enfants eux-mêmes. Tout a déjà été dit, écrit, dénoncé.
Ce qu’il manque, ce n’est pas le constat. C’est le courage politique d’agir.
Faire de la protection de l’enfance une vraie cause nationale supposerait de changer radicalement de cap. Cela signifierait investir massivement :
Des moyens financiers, pour former et rémunérer de manière attractive les professionnels, créer des structures adaptées et accueillantes, garantir une prise en charge de qualité, digne et humaine.
Des moyens humains, pour que les travailleurs sociaux soient enfin reconnus, valorisés, soutenus. Et surtout, pour qu’ils soient suffisamment nombreux pour suivre chaque enfant de manière individuelle, personnalisée, continue.
Cela suppose aussi de reconnaître la parole de l’enfant, de l’accompagner jusqu’à l’âge adulte, de penser des politiques de prévention à la hauteur. Cela suppose d’abandonner les demi-mesures et les promesses creuses.
Ce ne sont pas d’énièmes enquêtes, d’énièmes réunions d’experts, d’énièmes rapports parlementaires qui vont changer la donne. Ce qu’il faut, tout le monde le sait. Mais aucun gouvernement, aucune majorité, aucun président n’a jusqu’à présent eu le courage d’y mettre les moyens.
Tant que la protection de l’enfance ne sera qu’un alibi politique ou un angle de communication, des milliers de jeunes continueront de grandir dans l’ombre, sans avenir tracé, sans boussole. Et la République ne pourra pas se dire juste tant qu’elle abandonnera les plus vulnérables des siens.
Olivier THEROND
Élu municipal, éducateur spécialisé