Tant que les employeurs du secteur social, dans un souci de rentabilité imposé par un contexte de plus en plus concurrentiel, continueront à aller seuls négocier avec les financeurs — sans les professionnels de terrain, sans les usagers, sans les syndicats — nous n’en sortirons pas.
Pire : cette logique de marchandisation du social s’impose insidieusement comme une norme, une fatalité. Et ceux qui la contestent passent pour des rêveurs ou des archaïques.
Dans cette course à l’équilibre budgétaire, les décisions sont prises sur le dos des travailleurs sociaux. Sous couvert de solidarité ou d’innovation sociale, on restructure, on mutualise, on externalise. On ferme des services, on fusionne des établissements, on réduit les postes, on multiplie les tâches. Et toujours sans consultation réelle des professionnels.
On les invite parfois à des réunions maquillées en "concertation", ou à des mobilisations "pilotées", comme pour faire semblant de donner la parole à celles et ceux qui sont pourtant en première ligne.
Mais la vérité est simple : on ne leur demande pas leur avis. On leur demande de tenir. De se taire. D’encaisser.
Cette logique est destructrice. Elle est contraire à tout ce qui fonde le travail social : la relation, le temps, l’écoute, la confiance.
Or, comment construire de l’humain sous pression constante ? Comment accompagner dans la dignité quand les logiques comptables prennent le pas sur les logiques d’émancipation ?
Le travail social n’est pas une marchandise. Et il ne le sera jamais.
Il est grand temps de le dire clairement : cette vision capitaliste du social est une impasse. Elle menace l’existence même de notre secteur. Elle épuise les professionnel·les. Elle fragilise les personnes accompagnées. Elle détruit le sens du métier.
Face à cela, que reste-t-il aux travailleurs sociaux ? S’organiser. Résister. Se fédérer. Redonner de la voix à celles et ceux qu’on voudrait invisibles. Et porter ensemble une autre vision : celle d’un travail social au service de l’humain, et non du rendement.
Sinon, ce sont des heures bien noires qui s’annoncent. Et peut-être, à terme, la disparition même de nos métiers.