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Il avançait sur le terrain comme un peintre devant sa toile, le regard loin devant, déjà plongé dans une esquisse que les autres mettraient une vie à comprendre. Safet Sušić, c’était cela : l’élégance silencieuse d’un homme qui ne courait pas après le ballon, mais qui l’invitait à danser.
À Paris, il n’a pas seulement porté le maillot du PSG : il l’a honoré. Entre les années 1982 et 1991, Parc des Princes devenait parfois théâtre, parfois cathédrale, quand le Bosnien entrait en scène. Le ballon, souvent tenu d’un simple plat du pied, devenait alors un instrument de beauté. Pas de gestes inutiles, pas de dribbles tape-à-l’œil. Juste des passes. Magiques. Millimétrées. Inspirées.
Ses coéquipiers le cherchaient du regard. Ses adversaires, eux, le redoutaient. Car il avait cette chose rare : la capacité de voir le temps avant qu’il ne passe. Là où l’espace semblait clos, Sušić ouvrait une brèche. Là où le jeu semblait figé, il le dénouait d’un geste doux, presque nonchalant.
Mais derrière la douceur, il y avait du feu. Un feu venu de Sarajevo, de ces terrains où l’on apprend à jouer avec le cœur autant qu’avec les pieds. Il portait la Yougoslavie dans ses jambes et la poésie du ballon dans ses veines. Il faisait jouer les autres, les sublimait. Il n’avait pas besoin de briller, parce qu’il faisait briller tout autour de lui.
Aujourd’hui encore, quand le football se perd parfois dans le vacarme et l’esbroufe, le souvenir de Safet Sušić apaise. Il nous rappelle que ce sport peut être simple, fluide, et beau. Qu’un plat du pied peut devenir un chef-d’œuvre. Et qu’il suffit d’un magicien pour transformer un match en moment d’éternité.